Menu

Biographie

Chronologie

L'univers de
Rachmaninov : Introductions à sa musique

Présentations des oeuvres

Vos expériences de sa musique

Liste complète des oeuvres

Bibliographie,
Discographie,
Liens internet

Livre d'or

Plan du site

Contact
|

Le piano comme table
de négociation avec l'existence
L'usage lyrique et existentiel du piano chez
Rachmaninov
Allegro vivace

Parce quil ne
glisse pas, parce quil ne tergiverse point,
allant et venant sur ses intentions, comme un archet sur
des cordes passe et repasse sans jamais briser la corde
qui pose problème, sans jamais la prendre à partie, la
saisir, lappuyer véritablement ; parce que,
contrairement au violon qui, en mimant ainsi la triste
aller-venue de lexistence dans ses mouvements de
surface, dans ses infinis épanchements renfermés sur
ses quatre petites cordes, semble bien triste de ne
pouvoir saisir le Démon de lunivers, le saisir
bien haut, bien fermement et lexterminer
radicalement, le piano est capable dêtre
linstrument expressionniste idéal, abattant sur
ses notes la dalle parfaite et précise qui fera chuter
le monde. A la vue des trajets répétés du violon, dont
le butin amassé nest toujours, infailliblement,
quune caresse de néant, quun frottement
avec langoisse, le pianiste oppose une table de
négociation claire et fatale, en sasseyant
droit et fier face à lHorreur, sombre et grandiose
machine, en lattaquant de plein front dans un
combat vital et dangereux ! Ceci nest que mon avis
personnel, mais je sens tellement que tout cela se joue
comme si le pianiste, chaque soir, sous le joug fuyant et
obscur dune épée de Damoclès, devait risquer sa
vie
Tandis quun accord nécessite ici un quatuor de
doigts, un index vengeur surgit soudainement, sautant
dun octave à un autre, et cours saisir la note
culminante, la note posant problème, la note que toute
la composition avait, durant toutes ces minutes,
annoncée en secret
Ce quil y a de
remarquable dans le piano cest limplication
de la main, du poing. Il ny a pas que de la
violence pourtant, et qui na pas vu le jeu
dun pianiste na proprement rien vu : les
doigts virevoltent, dansent, sautillent en mille
acrobaties, sentrelacent parfois, mais aussi
saffrontent en de violents contrastes, des basses
aux aigus
Il ny a rien de plus doux que les
mille et unes perles liquides du piano - et qui,
dailleurs, a immortalisé la beauté secrète et
profonde du clair de lune, si ce nest le clavier de
Beethoven
?
Si la musique doit rendre fou, comme le souhaitait Cioran,
eh bien le piano en est linstrument le plus sorcier,
le plus incantatoire, le plus névrotique : à vous, à
vous de frapper ses arpèges si le cur vous en dit,
dassassiner lorchestre, ou de vaguer, de
tonalités en tonalités, par de gracieux et amples
ondoiements
|