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Premier concerto pour piano
"Tous
les grands maîtres se sont attachés au culte de la
mélodie en soi, considérée comme l'élément
primordial de la musique. En effet, la mélodie constitue
pour moi le germe de la création musicale, puisqu'elle
contient et suggère sa propre réalisation harmonique."
-------Dun geste brillant et foudroyant,
semblable aux concertos pour piano de Schumann et de
Grieg, luvre débute sur une rafale
ténébreuse darpèges, de quoi imposer
immédiatement lattention, avant dexposer aux
cordes un long thème, sombre et rougeoyant, l'une des
plus belles inspirations du musicien russe. Certes, la
recette est bien connue : la composition, soignée et
racée, s'imposera d'évidence à l'auditeur par le biais
de forts et capiteux développements, jusquà ce qu'il
soit totalement envoûté. Place serait alors faite à
une terrible cadence, point culminant et brûlant de
luvre, manière de lélectriser
définitivement. Puis viendra, sans doute, un mouvement
lent, rêveur et calme, nimbé de bleu, s'égrenant
doucement sur le pourtour d'un long motif poétique.
Enfin, toujours pour répondre aux canons du genre, un
ultime et incandescent final afin de clore le concerto
dans une sorte de carnaval.
Le concerto fut
crée à Moscou le 17 mars 1892 avec Rachmaninov au piano,
et reçut un accueil enthousiaste. Il sera remanié en
1917, le compositeur ayant suffisamment évolué pour ne
plus accepter certains débordements et excès de son
uvre de jeunesse (Vladimir Ashkenazy commente ainsi
: « Il l'a beaucoup amélioré. C'est plus efficace,
concis et pas aussi naïf »), même si tout porte
à croire que, comme lécrit Jacques-Emmanuel
Fousnaquer, si la forme a été retouchée,
lessentiel de linspiration, cependant, se
trouvait là dès le départ. Le succès est dautant
plus méritoire que le répertoire russe ne comptait pas
beaucoup de grands concertos pour piano à lépoque
(à lexception de ceux de Tchaïkovski,
dAnton Rubinstein et de Rimski-Korsakov). Il faut
dire également que la composition possédait en germe
toutes les raisons de son succès : lécriture y
est élégante et brillante, le thème principal
merveilleusement équilibré et sombre à souhait, les
traits fougueux, romantiques, élancés (et on devine
presque irrésistiblement le désir de démonstration qui
devait habiter le jeune musicien, voyez par exemple les
premiers accords de la cadence). Il sagit même du
concerto le plus slave que Rachmaninov ait jamais
rédigé, avec la frénésie et lénergie
sentimentale qui lanime et le soulève du début à
la fin. Faisant montre dun fin talent de
compositeur, le premier mouvement entier nest
quune uvre picturale particulièrement
ensorcelante qui mène lauditeur à la cadence (cest-à-dire
à sa fin, émotionnellement parlant) comme un tableau va
mener le regard du spectateur là où il souhaite par un
jeu de traitement daires et de figures pour mieux
le posséder. Le sommet de ce mouvement, absolument
intense et presque névrotique, a dailleurs été
largement popularisé en devenant le générique de
lémission « Apostrophes » de Bernard
Pivot.
On comprend donc qu'à défaut de posséder la charge "problématique" de ses futures compositions - c'est-à-dire d'être avivé à sa source par un sujet plus ou moins douloureux et personnel, si l'on peut dire, le Premier Concerto est une oeuvre de musique "absolue" (comme il qualifie son premier prélude), pièce vive et ardente, véritable feu d'artifice - orange, jaune et rouge - orchestral et pianistique. Comme l'écrit Brigitte Pinaud, "la négligence relative de ce magnifique concerto" reste donc inexplicable.
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sonore
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