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Biographie

 

Première partie de la biographie : La vie Russe
1ere partie :
La vie russe
1873-1917

"J'ai, d'une manière générale, très peu confiance dans mon talent de compositeur, et encore moins dans mon art de choisir des sujets. C'est seulement quand je suis bien lancé dans mon travail, que je suis certain du résultat final, et c'est presque sans m'en apercevoir que j'arrive au bout de mon ouvrage. Mais parfois, la musique et le sujet se mettent tout deux à m'ennuyer terriblement ; alors j'envoie tout promener."
Rachmaninov

(1873-1885)
L’enfance de « Serioja »

Sergueï Vassilievitch Rachmaninov naît à Oneg en Russie le 2 avril 1873, sur les bords du Volkhov, dans une famille de six enfants. L’endroit est calme et tranquille, situé en campagne. Son grand-père était un excellent pianiste amateur et son arrière-grand père un violoniste accompli. Si sa mère était réservée et stricte, son père était volontiers charmant, apprécié (voire même volage), mais également dépensier et mauvais gestionnaire. Il en vint à perdre les cinq propriétés que sa femme avait apportées en dot à leur mariage, dont celle d’Oneg où ils vivaient. La ruine financière s’accompagna d’une ruine familiale : arrivé dans un petit appartement de Saint Pétersbourg en 1882, le couple se détruit rapidement jusqu’à la séparation. Dans le même temps, une des sœurs de Sergueï, Sofia, succomba d’une leucémie lors de l’épidémie qui sévissait en ville à cette époque. Rachmaninov affrontera également la mort de sa sœur Yelena qu’il affectionnait et qui l’enchantait en lui faisant découvrir Tchaïkovski à la maison de sa jolie voix de contralto (elle fut même, peu avant sa mort, engagée au Bolchoï). Quand ce ne sont pas ses sœurs, c’est de son frère Vladimir qu’il se sépare, ce dernier rejoignant le corps des Cadets. Enfin, pour faciliter l’installation de la famille, « Serioja » - c’est ainsi qu’on le surnommait, fut pris en charge par la sœur de son père pour quelque temps. Après la séparation de ses parents, ses résultats scolaires devinrent de plus en plus catastrophiques - chose compréhensible, si l’on considère la multiplication des problèmes qui s’abattirent sur sa famille et sur lui en particulier, à l’exception d’un seul domaine, ses notes de piano…Il montre des talents précoces au piano

Car le jeune Rachmaninov, comme l’histoire le veut pour la plupart des grands virtuoses, fit montre d’un talent musical précoce. A l’âge de quatre ans, il jouait déjà des petits morceaux à quatre mains avec son grand-père. Très tôt, la famille engagea un professeur de piano à domicile, Anna Ornatskaïa, puis l’inscrit au Conservatoire. Mais au printemps 1885, la menace d’un renvoi parvint aux oreilles de sa mère (Sergueï allant en effet jusqu’à sécher les cours et falsifier ses carnets de notes). Elle décida alors de suivre le conseil d’un de ses neveux, célèbre à l’époque, Alexandre Siloti, et de confier Sergueï à l’ancien professeur de ce dernier, Nikolaï Zverev. Rachmaninov changea donc à nouveau de lieu résidence et d’environnement. Il passa un dernier été chez sa grand-mère, Sofia Boutakova, qu’il aimait tout particulièrement, à la manière d’une mère de substitution, elle qui lui faisait découvrir les sons de cloche des églises, en particulier celles de Sainte-Sophie de Novgorod, qui l’envoûtèrent et le marquèrent à jamais (l‘imaginaire des cloches se rependra d'ailleurs dans toute son œuvre, de la première et magnifique Suite pour deux pianos à sa grande symphonique chorale justement nommée Les Cloches, qui était, on ne s‘en étonnera pas, son œuvre préférée). Au moment des derniers adieux, lorsque le train quitta la station, Rachmaninov s'assit à sa place et se mit à pleurer. Ainsi s'achevèrent les plus belles années d'enfance de Serge.

Les Cloches ont marqué son univers musical


 

(1885-1892)
L’éducation musicale

Zverev accueillait à Moscou trois pensionnaires durant leur formation musicale auxquels il soumettait une discipline sévère et un travail intensif. L’homme était un formidable pianiste, d’apparence austère et d’une droiture inaltérable. Il organisait et réglait la vie de ses élèves de manière très rigoureuse : levé 6h du matin, 2h de pratique, puis sa sœur prenait le relais lors de son déparRachmaninov adolescent chez Zverev
t. Le travail ne s’arrêtait qu’à la tombée du soleil. Mais ce régime de vie s’avéra efficace puisqu’en très peu de temps Sergueï fit des progrès considérables. Le dimanche après-midi, Zverev avait l’habitude de recevoir des artistes renommés, comme Nikolaï et Anton Rubinstein ou le plus célèbre musicien russe, Piotr Tchaïkovski, qui apprécia et encouragea le jeune Sergueï immédiatement. De plus, les pensionnaires se rendaient très fréquemment au théâtre, au concert et à l’opéra, sous l’œil expérimenté de leur professeur qui par-là même prolongeait leur formation musicale en formation culturelle. L’emprise et l’influence que Zverev aura sur ses pensionnaires, qu’elles soient sur leur caractère ou leur manière d’être, en plus de son enseignement pianistique, seront très importantes. Rachmaninov semble avoir pris de son maître ce désir d’ordre et de méthode qu’il manifestera toute sa vie durant dans la gestion de ses affaires. Mais tandis que son talent se précisait de plus en plus, le goût du jeune russe pour la composition augmenta. C’était cependant en total désaccord avec les intentions de Zverev pour qui un réel talent de pianiste ne pouvait que se gâcher à travers la composition. En octobre 1889, une violente dispute éclata entre les deux hommes, dispute qui aboutit finalement à la rupture (à titre indicatif, ajoutons que certains biographes ont émis l'hypothèse, non vérifiable quoi qu'il en soit, selon laquelle Rachmaninov aurait quitté Zverev à cause de l'homosexualité pratiquée par celui-ci).

Rachmaninov aura passé quatre ans chez Zverev, quatre ans qui le fit gagner en assurance et en indépendance. Il est maintenant âgé de 16 ans et a toutes les chances de conquérir un avenir remarquable. Il s’installe chez Madame Satine, la sœur de son père. L’endroit, plus chaleureux et plus calme fut propice à la composition, de nocturnes et de romances notamment, mais également quelques idées en vue d’un concerto pour piano… Dans le même temps, au conservatoire, le jeune Rachmaninov était doué d’une mémoire musicale si exceptionnelle et d’un jeu si excellent qu’il demanda de sauter une année pour préparer son diplôme de compositeur. Nous avons conservé le témoignage d’un de ses proches, Alexandre Goldenweiser, sur son talent musical durant ses années de conservatoire :

Les dons musicaux de Rachmaninov, sans parler de sa puissance créatrice, surpassent tous ceux que j’ai pu rencontrer jusque là. Ils sont voisins du merveilleux, tels ceux de Mozart dans sa jeunesse. La rapidité avec laquelle il mémorise de nouvelles compositions est tout à fait remarquable. Je me souviens du jour où Siloti (dont nous étions tous les deux élèves à l’époque) demanda à Rachmaninov d’apprendre les célèbres variations de Brahms sur un thème de Haendel. C’était un mercredi. Trois jours après seulement, Rachmaninov les jouait comme un maître.

Au Conservatoire, avec Léon Conus, Nikita Morozov, sous le regard de leur professeur de composition, Arenski. Rachmaninov est le troisième en partant de la gauche.

En 1892, pour l’examen final, il présenta Aleko, opéra en un acte sur un poème de Pouchkine, qu’il compose en un temps record de 17 jours, et obtint la Grande médaille d’or du Conservatoire (seulement attribuée à deux autres étudiants dans l‘histoire du conservatoire). Lors de sa première au Bolchoï, à seulement 20 ans, il obtient un immense succès, Tchaïkovski redoublant d’applaudissement, et ce avec ostentation. Sa carrière d’ « artiste libre » peut alors commencer.


 

(1892-1900)
L'échec de la première symphonie

Artiste libre, Rachmaninov s’était déjà éprouvé comme tel depuis sa séparation avec Zverev. Le jeune homme est irrésistiblement entraîné vers la composition et le démontre brillamment en 1892 avec son
premier concerto pour piano. L’œuvre reçoit un accueil enthousiaste sous les doigts du compositeur lui-même à Moscou, le 17 mars 1892 (elle a été achevée un an plus tôt, les deux derniers mouvements furent d‘ailleurs composés et orchestrés en à peine deux jours et demi). Au printemps 1892, il compose le fameux prélude en ut dièse mineur dont le succès sera si immense et durable (on le lui demandera à pratiquement chaque concert) qu'il finira par dégoûter le compositeur lui-même... En octobre 1893 le frappe deux décès successifs et particulièrement difficiles à affronter : celui de son ancien professeur Zverev, qui l’avait tant marqué, et celui de son mentor et de son modèle, Tchaïkovski, à qui il venait de dédier sa première et poétique Suite pour deux pianos. Il compose à la mémoire de ce dernier un Trio élégiaque en ré mineur, opus 9, d’une grande puissance passionnelle. La réputation du jeune artiste se répandait alors très rapidement dans les cercles musicaux de l’époque, si bien que Rachmaninov décida qu’il lui fallait à présent acquérir comme définitivement le public en composant une grande œuvre orchestrale qui frapperait les esprits : une symphonie.

A partir de janvier 1895, bien que l’idée fut dans sa tête depuis bien longtemps, il commença la composition de cette
symphonie, opus 13 (on n’épiloguera pas sur le numéro d’opus …) en ré mineur, tonalité que le compositeur affectionnait le plus, pour sa tristesse. L’œuvre se voulait imposante voire magistrale, une sorte de machine de guerre orchestrale et de coup de force musical. Sa création, le 15 mars 1897, fut un échec retentissant, ce qui provoqua chez le jeune artiste un gel de ses forces créatrices et, surtout, un désespoir sans nom (il avouera plus tard avoir vécu, le soir du concert, « l'heure la plus douloureuse de (sa) vie »). La symphonie, trop ambitieuse, trop fougueuse aussi jusqu’à en être irritante, portait en elle les sources de son incompréhension. On rapporta par ailleurs que le chef d’orchestre, Glazounov, était ivre durant le concert. Émettons une hypothèse : incomprise par l’orchestre et en premier lieu par son chef, la symphonie était condamnée d’avance, ce qui explique en partie la conduite et la santé de celui qui devait la diriger le soir venu.

Après l'echec de sa première symphonie. Au fond, le portrait de Tchaïkovski.

Le jeune homme à qui tout était promis, dont les numéros d’opus commençaient à défiler, connut à seulement 24 ans ce qu’il est convenu d’appeler une crise d’inspiration, révélant par-là sa fragilité (certains témoignages portent à croire cependant que le coup porté par l'affaire de la symphonie était seulement venu s'ajouter à celui qu'il avait reçu à la suite d'un amour malheureux). Il racontera plus tard cette situation :

Quelque chose s’était brisé en moi… Après des heures d’interrogation et de doutes, j’en étais arrivé à la conclusion que je devais abandonner la composition… Une profonde apathie s’empara de moi. Je passais la moitié de mes journées étendu sur mon lit, à soupirer sur ma vie ruinée.

En 1897, il est cependant engagé dans la compagnie privée de l’Opéra russe de Moscou par Savva Mamontov en tant que second chef d’orchestre, poste qui le ranime quelque peu et lui permet, en outre de se perfectionner dans l’art de diriger, de rencontrer Chaliapine, la célèbre basse. Ensemble, ils travaillent à approfondir les grands rôles du répertoire : Boris Godounov de Moussorgsky, Une Vie pour le Tsar de Glinka et aussi Carmen de Bizet... Mais son moral ne remonte guère. Le jeune compositeur est devenu incapable d’enthousiasme et de concevoir un quelconque projet. Il rencontre Tolstoï, pour qui il a beaucoup d'admiration, à deux reprises mais ces entrevues furent décevantes, le grand écrivain rejetant par quelques froides et moralisatrices formules la musique de Rachmaninov et Chaliapine. Tout cela accrut son propre découragement. Il était devenu soudainement si sévère et si critique à l’égard de lui-même que tout élan créatif lui était devenu impossible. De plus, en 1899, présentant avec succès en Angleterre une série de ses œuvres, il eut l’insouciance de promettre un concerto pour piano à la société philharmonique de Londres.
Mais c’est à cette époque qu’un proche de sa tante lui fit connaître son ami le docteur Nikolaï Dahl, spécialisé en neurologie et dans le traitement par hypnose. Lui-même était un amateur de violon au sein d’un quatuor qu’il avait crée. Nous sommes en 1900. De janvier à avril, le jeune compositeur se rend quasi-quotidiennement chez le docteur qui l‘encourage à la composition du concerto promis (l‘anecdote veut
également que Dahl ait une charmante fille de l‘âge du pianiste russe…). Le nouveau siècle va s’ouvrir sous de meilleurs auspices pour Rachmaninov, son apathie se délayant peu à peu par la chaleur de nouvelles inspirations. En juillet 1900, il compose le duo de Paolo Malatesta et Francesca da Rimini pour un futur opéra, basé sur la Divine Comédie de Dante, puis laisse la partition inachevée pour se consacrer à une oeuvre qui va venir cristalliser et marquer ce nouveau printemps créatif et musical : le second concerto pour piano.


 

(1900-1907)
Le Printemps musical

Ce n’est donc pas une symphonie mais un concerto qui va définitivement faire de Rachmaninov un compositeur reconnu. Le 2 décembre 1900, au cours d’une soirée qu’il appréhendait fortement (le chef d‘orchestre, Siloti, faisait d’ailleurs ses débuts au pupitre), il en donne les deux derniers mouvements (il avait du mal à concevoir le premier et en retardait sa composition encore, sans doute, sous l’effet d’un manque de confiance). Petit à petit, on le voit, le compositeur recouvre toute sa palette et ses élans inventifs. Cependant, tout au long de sa vie, Rachmaninov, comme marqué par cet événement, mais aussi pRachmaninov apres le succes de son second concerto
ar son tempérament, empreint de pudeur et d’authenticité, doutera souvent de son inspiration, et sera rarement satisfait de son travail. Il remaniera à plusieurs reprises nombre de ses œuvres. Mais, cette fois-ci, le second concerto achevé et applaudi, comme stimulé et revigoré il compose dans la foulée la belle et trépidante Suite n°2 pour deux pianos, la secrète et douce Sonate pour violoncelle ainsi qu'une lumineuse cantate, justement nommée, le Printemps. A la musique se joint le bonheur conjugal : le 29 avril 1902, il épouse Nathalie Satine, sa cousine (en 1903 naquit sa première fille prénommée Irina).
Revers de la médaille, ce
second concerto eut un succès si immédiat et si durable qu’il semblait à présent enjoindre Rachmaninov à poursuivre la composition pour ne pas être l’auteur du seul second concerto aux yeux du public. Ivan Lipaïev rapporte, dans la Russkaya Muzykalnaya Gazeta de décembre 1900, la ferveur unique que suscita cette pièce :

Il y a longtemps que je n’avais vu un public aussi énorme à un concert - depuis les récitals historiques de Rubinstein. Et il y a longtemps que les murs de la salle de la Noblesse n’avaient résonné d’applaudissement aussi nourris et frénétiques.

Bref, à seulement 30 ans, le compositeur d’Oneg commence à mesurer l’influence croissante de son autorité artistique. Enfin adulte, il est devenu un homme grand, mince, à la coiffure militaire, d’allure très sobre, voire réservé ou austère d’apparence (il était du reste très peu sociable et détestait les réceptions), mais sensible, inquiet et généreux pour qui le connaissait véritablement. Après la rédaction de ses dix préludes opus 23 et de ses Variations sur un thème de Chopin opus 22, il est engagé au Bolchoï en 1904 où il montre un grand talent de chef d’orchestre. En 1905, il termine et joue ses deux opéras : Francesca Da Rimini (dont il avait déjà écrit le duo du second tableau, on s'en souvient, dès 1900) et Le Chevalier Avare. L'accueil est assez enthousiaste, en particulier pour le second.. Mais à cette époque, les premières annonces d’une révolution russe, qu’il appelle en partie de ses vœux, plus réformateur que révolutionnaire néanmoins, bouscule et gène son désir de calme.

Rien ne m’aide plus que la solitude, écrit-il. Pour moi, il n’est possible de composer que lorsque je suis seul et qu’il n’y a aucun dérangement extérieur empêchant le calme cours de mes idées.

Rachmaninov restera toute sa vie un homme soucieux d’ordre et de solitude, pour ses besoins créatifs mais aussi familiaux. Il ne supporte pas d’être trop longtemps séparés des siens, de sa famille où il remplit son rôle de père avec passion. C’est pourquoi, si en 1917 la révolution le poussera jusqu’à l’exil, il décide en 1905, devant les premières révoltes, de prendre un peu de distance avec l’instabilité civile, d'autant plus que la vie à Moscou lui impliquait trop d'obligations et de sollicitations.


 

(1907-1914)
Loin de la Russie : les épisodes européens et américains

En 1907, année où naquit sa seconde fille, Tatiana, il aménage à Dresde, en Allemagne. Là-bas, il va écrire, dans un climat musical plus européen, de très belles pages, comme sa
Seconde symphonie en mi mineur, manière d’effacer rapidement et superbement le souvenir de sa première œuvre symphonique, son immense sonate pour piano en ré mineur d’après le Faust de Goethe et enfin sa terrible et impressionnante Île des morts, peinture par le son d’un tableau d’Rédigeant le troisième concerto, à Ivanovka.Arnold Böcklin, un de ses chefs-d’œuvre. Si le compositeur a toujours évoqué le "spleen" dans ses lettres, dans les années 1900 sa correspondance abonde en allusion à son "âge avancé", à ce sentiment d'avoir "terriblement vieilli" (ce qui peut expliquer, en partie bien évidemment, le grand romantisme lyrique de ses oeuvres "allemandes", et le choix du tableau d'Arnold Böcklin, l'Île des morts, pour sujet d'un poème symphonique).
En 1909, il reçut une proposition pour une tournée de concerts aux Etats-Unis. Juste avant son départ, il compose en quatre mois une de ses plus grandes œuvres, comme un présent offert au public américain, le magistral et célèbre
troisième concerto pour piano en ré mineur (il gardera à ce propos une impression inoubliable en le jouant sous la direction de Gustav Mahler au Carnegie Hall de New York). Sa tournée fut éreintante (« Une concert presque chaque jour pendant trois mois entiers … Une véritable épreuve » comme il le rapporte lui-même) et couronnée de succès mais, la nostalgie l’emportant, il rentre en Russie en janvier 1910, décidément incapable de rester longtemps éloigné de sa terre natale. Cela sera pourtant comme une répétition à son futur drame …

La tournée américaine semble lui avoir rappelé l’amour de sa patrie et de ses origines : il ne remettra donc pas les pieds à Dresde mais se réinstalle en Russie. Il donne d’abord, dans la Liturgie de saint Jean Chrysostome et les Vêpres (respectivement 1910 et 1915), des pièces religieuses magnifiques, qui trouveront aisément leur place dans le répertoire et qui, empreintes de recueillement et de méditation, sont comme à mille lieux des acrobaties et des figures de styles du
troisième concerto (en outre, il semble évident que l’écriture des Vêpres, en pleine première guerre mondiale, sonne comme un appel profond à la paix). Leur composition l’enchante. En 1912, une poétesse de vingt-trois ans, Marietta Chaginian, entreprend avec le compositeur une longue correspondance, se faisant connaître sous le diminutif de « Ré », comme la note de musique. Grâce à leur échange épistolaire naîtront deux recueils de Mélodies (opus 34 et opus 38).
Dans la foulée de sa Liturgie, il compose
13 préludes opus 32, clôturant son cycle - personnel - de 24 préludes, ainsi que les poétiques et secrètes Etudes-Tableaux opus 33. En 1913, il compose à Rome son œuvre favorite, la symphonie chorale les Cloches, dont l’exécution, le 8 février 1914 est un succès considérable en Russie. L’année suivante, il termine également sa seconde sonate pour piano en si bémol mineur. La Russie rentre en guerre et, pour Rachmaninov, les évènements vont alors s’enchaîner jusqu’à la rupture définitive.


 

Suite Deuxième partie : La vie américaine