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Oeuvres

 

Sonate pour violoncelle

 

Paysage à Beaulieu de Renoir

"L'univers sonore : onomatopée de l'indicible, énigme déployée, infini perçu, et insaisissable ... Lorsqu'on vient d'en éprouver la séduction, on ne forme plus que le projet de se faire embaumer dans un soupir."
Cioran

Puce Introduction

-------La retenue et la pudeur imprègnent déjà l'univers de la Sonate pour Violoncelle à son ouverture, déposant comme gracieusement l'auditeur dans un monde de charme et d'évocation. Cependant, un piano saillant vient mettre terme aux courbures aériennes du chant du violoncelle : comme bien souvent chez Rachmaninov, le premier mouvement va être le lieu d’exposition d’un problème que l’œuvre devra - en deux ou trois temps - défaire, délier ou élucider. Mais il s'agit pourtant ici d'autre chose, quelque chose de beaucoup plus élevé, de beaucoup plus supérieur qu'un simple exposé lyrique et particulièrement émouvant, comme semble nous l'indiquer, et avec quelle présence déjà, le somptueux déploiement mélodique du thème principal. Quelque chose qui, bien que la composition soit personnelle, troublée, passionnelle, nous place d'emblée face à une oeuvre d'exception : un écriture intensément savoureuse entre pesanteur et grâce, profondeur et légèreté, effusion et ellipse.

Inspirée par celle de Chopin (dont elle reprend la tonalité, en sol mineur, ainsi que la forme : quatre mouvements où le premier, le plus long de l’oeuvre, est suivis d’un Scherzo), la Sonate pour violoncelle de Rachmaninov est une de ses plus admirables compositions, bien plus caractéristique de son œuvre créatrice qu’on ne le croit généralement .
Originale, élégiaque, il s'agit d'une pièce secrète, bien plus sobre et intime que la plupart de ses œuvres populaires. Rien d'étonnant, peut-être, de la part d'un homme qui, comme le rappelle Jacques-Emmanuel Fousnaquer, aimait le violoncelle :

A la différence du violon, auquel il n'a consacré qu'un essai sans suite (2 Pièces de salon op.6, 1893), il lui a réservé un nombre appréciable de pièces, pour ne rien dire des belles envolées mélodiques contenues dans son oeuvre symphonique. Goût naturel chez un homme dont le propre timbre de voix évoquait assez, semble-t-il, le violoncelle.

La Sonate pour violoncelle a été composée dans une période créatrice exceptionnelle (elle est contemporaine du Second Concerto et de la Seconde Suite pour deux pianos), suite aux années de dépression succédant au fiasco de la Première Symphonie. Et, comme l’écrit L. Sabaneiev, la Sonate a beaucoup de traits en commun, justement, avec le Second Concerto :

L’atmosphère générale élégiaque et tragique qui l’imprègne, la profondeur, la maturité et l’originalité retenue et ingénieuse du tissu musical.

C’est d’ailleurs l'une des oeuvres de Rachmaninov les plus populaires en Russie. Dans un article paru dans le Strad (août-septembre 1915), Felix Salmond la décrit comme une « œuvre magnifique et inspirée ». Et on ne saurait, en effet, comment être rebuté par le charme pur et profond de cette musique de chambre humble et délicate, par son parfum enivrant et comme suspendu, ses couleurs éphémères et inépuisables, sa voix fragile et durable. Tandis que le violoncelle joue sa chanson noble et sombre, une constellation de tourments s’abat au clavier, dont la partie est très ardue. Pourtant, l’œuvre se joue comme une pièce sereine, chaude et bleutée, d’une très grande élégance, comme si ses peines étaient transfigurées par les voix magnifiques de ses instruments.

Puce Description de l'oeuvre

Après les accords secs et graves qui ont clôturé le premier mouvement, c'est dans une certaine agitation que débute un Scherzo décidé et souverain, qui ne fera gagner en légèreté la pièce qu'aux prix d'admirables et élégants dialogues entre les deux instruments. Mais c'est toujours traversé par quelques éclaircies inquiètes que le mouvement, contrairement à son prédécesseur, se termine calmement, ce qui va déterminer le tempérament de l’Andante qui suit, d’une douceur rarement égalée chez le compositeur. Douceur ambigüe, secrète, suspendue, qui est celle d'une mélodie très lente, très longue, fragile certes, rare même, et cependant si extrême, si sublime... Comme aurait pu l'écrire Edmond Rostand, c'est une très douce et très tendre tristesse, c'est un secret qui prend tout votre corps pour oreille, où le violoncelle fait, sous les gouttes vespérales du piano, un harmonieux bruit d'abeille...

Chanter semble avoir fait du bien à nos deux instruments. Le problème, essoufflé par un mouvement lent merveilleux, se délaye finalement dans la chaleur et la luminosité d’un finale formidable et trépidant. La force émotionnelle de l’œuvre n’a pas disparu, mais c’est avec virtuosité et rythme que notre duo, enfin heureux, se donne comme point d’honneur d’achever la sonate dans la joie. Tant et si bien que c'est presque dans le silence que se referme la pièce (les dernières mesures s’estompent en effet peu à peu avant l’ultime et jubilatrice envolée des deux instruments en guise de conclusion) ; or, justement, qu'est-ce que le silence, quelque part, si ce n'est une musique épanouie ?


Pour continuer la découverte …

Informations
Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur, Opus 19
Composées à l'été 1901
Datée du 12 décembre 1901 - Dédiée à Anatole Brandoukov.
Première exécution le 2 décembre 1901 à Moscou par Rachmaninov et Brandoukov.
Publiée par Gutheil en mars 1902.
I. Lento - Allegro moderato - II. Allegro scherzendo - III. Andante - IV. Allegro mosso.

Extrait sonore
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