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Sonate pour violoncelle
"L'univers
sonore : onomatopée de l'indicible, énigme déployée,
infini perçu, et insaisissable ... Lorsqu'on vient d'en
éprouver la séduction, on ne forme plus que le projet
de se faire embaumer dans un soupir."
-------La retenue et la pudeur
imprègnent déjà l'univers de la Sonate pour
Violoncelle à son ouverture, déposant comme
gracieusement l'auditeur dans un monde de charme et d'évocation.
Cependant, un piano saillant vient mettre terme aux
courbures aériennes du chant du violoncelle : comme bien
souvent chez Rachmaninov, le premier mouvement va être
le lieu dexposition dun problème que
luvre devra - en deux ou trois temps -
défaire, délier ou élucider. Mais il s'agit pourtant
ici d'autre chose, quelque chose de beaucoup plus élevé,
de beaucoup plus supérieur qu'un simple exposé lyrique
et particulièrement émouvant, comme semble nous l'indiquer,
et avec quelle présence déjà, le somptueux
déploiement mélodique du thème principal. Quelque
chose qui, bien que la composition soit personnelle,
troublée, passionnelle, nous place d'emblée face à une
oeuvre d'exception : un écriture intensément savoureuse
entre pesanteur et grâce, profondeur et légèreté,
effusion et ellipse.
La Sonate pour violoncelle a été
composée dans une période créatrice exceptionnelle (elle
est contemporaine du Second Concerto et de la
Seconde Suite pour deux pianos), suite aux années de
dépression succédant au fiasco de la Première
Symphonie.
Et, comme lécrit L. Sabaneiev, la Sonate
a beaucoup de traits en commun, justement, avec le Second
Concerto :
Cest dailleurs l'une des oeuvres de Rachmaninov les plus populaires en Russie. Dans un article paru dans le Strad (août-septembre 1915), Felix Salmond la décrit comme une « uvre magnifique et inspirée ». Et on ne saurait, en effet, comment être rebuté par le charme pur et profond de cette musique de chambre humble et délicate, par son parfum enivrant et comme suspendu, ses couleurs éphémères et inépuisables, sa voix fragile et durable. Tandis que le violoncelle joue sa chanson noble et sombre, une constellation de tourments sabat au clavier, dont la partie est très ardue. Pourtant, luvre se joue comme une pièce sereine, chaude et bleutée, dune très grande élégance, comme si ses peines étaient transfigurées par les voix magnifiques de ses instruments.
Après les accords secs et graves qui ont clôturé le premier mouvement, c'est dans une certaine agitation que débute un Scherzo décidé et souverain, qui ne fera gagner en légèreté la pièce qu'aux prix d'admirables et élégants dialogues entre les deux instruments. Mais c'est toujours traversé par quelques éclaircies inquiètes que le mouvement, contrairement à son prédécesseur, se termine calmement, ce qui va déterminer le tempérament de lAndante qui suit, dune douceur rarement égalée chez le compositeur. Douceur ambigüe, secrète, suspendue, qui est celle d'une mélodie très lente, très longue, fragile certes, rare même, et cependant si extrême, si sublime... Comme aurait pu l'écrire Edmond Rostand, c'est une très douce et très tendre tristesse, c'est un secret qui prend tout votre corps pour oreille, où le violoncelle fait, sous les gouttes vespérales du piano, un harmonieux bruit d'abeille... Chanter semble avoir fait du bien à nos deux instruments. Le problème, essoufflé par un mouvement lent merveilleux, se délaye finalement dans la chaleur et la luminosité dun finale formidable et trépidant. La force émotionnelle de luvre na pas disparu, mais cest avec virtuosité et rythme que notre duo, enfin heureux, se donne comme point dhonneur dachever la sonate dans la joie. Tant et si bien que c'est presque dans le silence que se referme la pièce (les dernières mesures sestompent en effet peu à peu avant lultime et jubilatrice envolée des deux instruments en guise de conclusion) ; or, justement, qu'est-ce que le silence, quelque part, si ce n'est une musique épanouie ?
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